Plus c’est gros, plus ça passe. Suggérons cette devise à Nicolas Sarkozy, qui fut à la hauteur de sa réputation lundi soir sur TF1. Et commençons par les retraites, puisque ce sera, paraît-il, la grande affaire jusqu’à l’été.
« La seule chose que je n’accepterai pas, affirma le Président, c’est qu’on abaisse le niveau des pensions. Elles sont trop basses.» La promesse serait heureuse, si la baisse des pensions n’avait pas été organisée de longue date. En juillet 1993 précisément, par le gouvernement Balladur, dont Nicolas Sarkozy était ministre du Budget.
Cette réforme, opérée au cœur de l’été sans aucun débat national, n’a pas seulement allongé la durée des
cotisations de 37,5 à 40 annuités. Elle a surtout sérieusement dégradé les pensions en changeant leurs méthodes de calcul. Résultat : de 1994 à 2010, le taux de remplacement du dernier salaire par la première pension du régime général a été réduit de 12 points, selon le premier rapport du Conseil d’orientation des retraites.
Le Chef de l’Etat s’en est pris une fois encore aux 35 heures. Un choix, dit-il, « catastrophique du point de vue des salaires et du point de vue de la croissance » ; un choix qui selon lui a aggravé le chômage. Or si l’on en croit les statistiques présentées dans les graphes ci-contre, la croissance française ne semble pas avoir
réellement souffert des 35 heures, non plus d’ailleurs que l’emploi. Quant à la durée hebdomadaire du travail, les salariés français n’ont pas à rougir de la comparaison européenne.
Ne comptez pas sur Nicolas Sarkozy pour abroger le bouclier fiscal, puisque sa conviction est faite : «De tous les pays de l’OCDE, nous sommes celui qui paie le plus d’impôts. » Notons toutefois que le Danemark, la Suède, la Belgique et l’Italie dépassent la France à ce classement. Cela signifie, soit dit en passant, qu’aucune corrélation ne peut être établie entre le taux des prélèvements obligatoires et le taux de chômage, particulièrement bas au Danemark et en Suède.
Rendons justice à Nicolas Sarkozy : il n’a fait qu’acquiescer au propos de Jean-Pierre Pernaut, affirmant, après tant d’autres : « Un jeune sur quatre est au chômage ». C’est heureusement beaucoup moins que cela, comme le rappelèrent des notes anciennes de ce blog. Mais les idées reçues ont la vie dure, surtout lorsqu’elles sont bien entretenues.
A ce propos, saluons l’artiste. Le Chef de l’Etat prétendit un jour qu’il voulait appliquer la règle des trois tiers aux profits des entreprises : un tiers pour l’investissement, un tiers pour les actionnaires, un tiers pour les salariés. Déchiffrages informa ses lecteurs de l’incongruité d’une telle proposition : elle laminerait l’autofinancement des investissements au profit des salariés. Le directeur général de l’Insee le confirma bientôt. On croyait l’affaire enterrée. Eh bien non ! Nicolas Sarkozy « attaché à cette idée », est prêt à « passer par une loi si les partenaires sociaux ne se mettent pas d’accord ».
Cet acharnement inquiète.
Pas de bouclier fiscal en Allemagne
Combien de fois faut-il répéter un mensonge pour en faire une vérité? Nul doute que Nicolas Sarkozy se soit lancé dans la réalisation d’un test afin de répondre à cette question.
C’est ainsi que, depuis plusieurs années, il répète à l’envi que l’Allemagne s’est dotée d’un bouclier fiscal limitant à 50% du revenu les impôts payés par un contribuable. Il ajouta lundi soir qu’outre-Rhin, “il y a un consensus public sur le bouclier fiscal à 50%“. En général, il précise que l’Allemagne a inscrit ce principe dans sa constitution…
Ce sont des bobards à peine dignes d’un Frederic Lefebvre. Aucun bouclier fiscal n’existe en Allemagne. Il y eut naguère une disposition indiquant que l’impôt sur la fortune - et uniquement celui-ci - ne devait pas dépasser 50% du revenu. Mais même cette disposition a été abrogée.
Si l’ambassadeur de France à Berlin a cinq minutes à perdre et s’il rêve d’une fin de carrière au Zimbabwé, qu’il fasse une note au Président.






Question orale de Martine Even
CM du 04 février 2010